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Quelques commentaires sur les enjeux
by Rachel Laforest (2010-03-15)
Depuis plusieurs années, Yves Vaillancourt a contribué de façon significative à enrichir les débats sur la place de l'économie sociale au Québec et au Canada. Il a ouvert les lignes de communication avec ses contreparties dans le reste du Canada et pour cela il devrait être félicité. Dans son article pour le Philanthrope, Yves Vaillancourt lance à nouveau quelques pistes de réflexion sur les enjeux de l'économie sociale afin de susciter des échanges. J'espère que les lecteurs saisiront l'occasion qu'offre ce nouveau format afin de nourrir la discussion entre le Québec et le reste du Canada. D'ici là, les opinions d'une autre québécoise devront suffire!Il y a deux points en particulier mis de l'avant par Yves Vaillancourt sur lesquels j'aimerais renchérir. D'abord, il note d'emblée que son intérêt pour l'économie sociale et solidaire est indissociablement relié à son intérêt pour les politiques sociales et publiques. En fait, la plupart des travaux sur l'économie sociale ou sur le tiers secteur au Québec s'inscrivent principalement dans une tradition de sociologie politique ou d'économie politique. Il s'agit là d'un point de départ important pour saisir le cadre d'analyse de ces études. L'article de Vaillancourt met d'ailleurs en lumière la réflexion sur la social-démocratie renouvelée qui sous-tend ses travaux. La perspective québécoise présentée par Yves Vaillancourt nous rappelle qu'il ne faut pas perdre de vue les grandes questions de notre discipline qui nous amènent à poser un regard critique et analytique sur les phénomènes sociaux. Si les études sur l'économie sociale et le tiers secteur ont augmenté en nombre durant les 15 dernières années, il est évident qu'il existe encore parmi celles-ci une certaine disparité en faveur de l'analyse quantitative étant donné la forte influence américaine sur les questions de la discipline. Néanmoins, la question des acteurs et leur articulation dans les dispositifs institutionnels sont primordiaux afin de comprendre le processus de changement politique. L'étude comparative de ces phénomènes au Québec et au Canada peut nous permettre de poser un regard sur un ensemble plus vaste de relations sociales qui sont décisives pour l'analyse contemporaine des politiques publiques.
Le second point que j'aimerais souligner dans l'article écrit par Yves Vaillancourt est l'importance qu'il accorde aux possibilités démocratiques que porte l'économie sociale pour les politiques publiques et la société civile en général. Trop souvent, les études sur l'économie sociale se sont concentrées sur ses composantes de nature marchande. C'est banal, mais on ne peut pas le dire assez de fois: l'économie sociale prend ses racines dans une dimension sociale de l'économie qui va bien au-delà des rapports marchands et qui peut comprendre entre autres les objectifs d'action sociale, de changement social, de développement social et de développement durable. Le plein potentiel de l'économie sociale ne peut être atteint que par la reconnaissance de ces dimensions sociales importantes. Malheureusement, si l'on se fit à l'article de Susan Phillips dans ce numéro, on est loin d'une telle reconnaissance sur le plan politique.